Derrière la réputation : neuf ans de sous-performance
Les analyses publiées dans cette section portent sur un fonds réel, dont les rendements sont publics. Les noms des gestionnaires et des firmes ont été anonymisés pour se concentrer sur le rendement. Ce texte est présenté à titre informatif et analytique uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.
Certains gestionnaires parviennent à afficher des rendements supérieurs aux indices et à se bâtir une solide réputation publique. Pour juger de leur succès, il faut regarder les chiffres. Voici les rendements nominaux d’un fonds que j'appellerai Fonds Alpha, comparés à ceux du S&P 500.
Sur la période 2008–2025, le TCAC (taux de croissance annuel composé) du Fonds Alpha est de 12,5 % contre 8,9 % pour l'indice. Cet écart s'explique par deux périodes distinctes. D'abord 2008, où le fonds a limité sa baisse à –8,5 % pendant que l'indice perdait 38,3 %, créant d'entrée de jeu une avance cumulée considérable. Ensuite, durant les années 2013 à 2015 où le fonds a surpassé l'indice de 16, 13 et 16 points respectivement — trois années consécutives qui ont porté l'avance cumulée à son sommet.
Depuis 2016, la tendance s'est inversée : le fonds sous-performe l'indice la majorité des années et son avance s'est réduite de 125 % à 77 % en dix ans. Si cette trajectoire se maintient, la surperformance historique risque d'être entièrement absorbée.
| Année | Fonds Alpha | S&P 500 |
|---|---|---|
| 2008 | -8,5 % | -38,3 % |
| 2009 | 13,1 % | 23,5 % |
| 2010 | 13,7 % | 12,8 % |
| 2011 | 5,9 % | -0,2 % |
| 2012 | 20,0 % | 13,5 % |
| 2013 | 46,2 % | 29,7 % |
| 2014 | 24,8 % | 11,3 % |
| 2015 | 15,3 % | -0,8 % |
| 2016 | 7,2 % | 9,6 % |
| 2017 | 13,7 % | 19,4 % |
| 2018 | -3,2 % | -6,3 % |
| 2019 | 24,9 % | 28,8 % |
| 2020 | 12,6 % | 16,2 % |
| 2021 | 25,3 % | 27,0 % |
| 2022 | -17,2 % | -19,5 % |
| 2023 | 23,8 % | 24,3 % |
| 2024 | 20,7 % | 23,3 % |
| 2025 | 2,3 % | 16,4 % |
| TCAC 2008–2025 | 12,5 % | 8,9 % |
Si on considère plutôt la période 2017–2025 (2017 étant l’année où j’ai commencé à investir), la situation s'inverse : le S&P 500 affiche un TCAC de 13,2 % contre 10,5 % pour le Fonds Alpha, soit 2,7 points d'écart par an. La protection attendue en 2022 n'a pas été au rendez-vous, à l'inverse de ce qui s'était passé en 2008.
| Année | Fonds Alpha | S&P 500 |
|---|---|---|
| 2017 | 13,7 % | 19,4 % |
| 2018 | -3,2 % | -6,3 % |
| 2019 | 24,9 % | 28,8 % |
| 2020 | 12,6 % | 16,2 % |
| 2021 | 25,3 % | 27,0 % |
| 2022 | -17,2 % | -19,5 % |
| 2023 | 23,8 % | 24,3 % |
| 2024 | 20,7 % | 23,3 % |
| 2025 | 2,3 % | 16,4 % |
| TCAC 2017–2025 | 10,5 % | 13,2 % |
Si, pour un rendement proche de celui de l'indice, un gestionnaire offrait en contrepartie une volatilité sensiblement réduite, il y aurait une justification à investir dans ce fonds. À ce titre, le Fonds Alpha affiche un écart type de 14,5 % sur 2008–2025 et de 14,7 % sur 2017–2025, calculé sur la base des rendements annuels publiés. C'est effectivement légèrement inférieur à l'indice (respectivement 17,9 % et 16,4 %), mais l'avantage reste modeste — et il ne compense pas la sous-performance de rendement constatée sur la période récente.
La question se pose : pourquoi ajouter un intermédiaire entre ses actifs et le marché ? Chaque couche supplémentaire — gestionnaire, structure de fonds, frais imbriqués — augmente la complexité, les risques opérationnels et les coûts, souvent difficiles à évaluer avec précision.
Ici, les chiffres parlent d'eux-mêmes et ce sont eux qu'il faut interroger. La réputation d'un gestionnaire se bâtit certes sur des décennies, souvent portée par quelques années exceptionnelles qui font figure de vitrine. Regarder l'ensemble de l'historique, période récente incluse, permet de nuancer la performance globale et les attentes futures : sur les neuf dernières années, le Fonds Alpha n'a pas surpassé un indice que n'importe qui peut acheter sans intermédiaire avec un FNB. Cette approche est aussi celle que met de l'avant le journaliste économique Nicolas Bérubé, qui recommande aux investisseurs particuliers de privilégier des fonds indiciels simples plutôt que de tenter de battre le marché à tout prix.